de  CADILLAC  aux  CADILHAC

Remonter La Cadillac Antoine Laumet La ville de Cadillac Les_lieux-dits Les Cadilhac et Cadillac

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Antoine  Laumet 

 de  Lamothe -Cadillac

 

 Le chevalier Cadillac, fondateur de Detroit, loin d'avoir des ascendances nobles, s'appelait primitivement et plus simplement Antoine Laumet. Malgré les nombreuses recherches historiques faites à son sujet, de grandes pages blanches subsistent dans la vie de notre aventurier. Beaucoup de renseignements viennent de ses lettres et de ses mémoires et sont donc sujets à caution. D'énormes divergences existent entre ses différents biographes. Pour les uns, un escroc avide d'argent et de gloire facile; pour les autres un génial stratège. Plus vraisemblablement un peu de l'un, un peu de l'autre. La version de sa vie que je présente aujourd'hui m'est donc personnelle et peut être discutée.

La jeunesse

    Antoine Laumet est né le 5 mars 1658 à St Nicolas de la Grave, petit bourg situé à deux lieux au nord de Castelsarrasin et à quelques 30 km. à l'est de Montauban. Son père Jean, de petite bourgeoisie, s'était fait lui-même. Un mariage heureux avec Jeanne Péchagut lui avait apporté suffisamment d'argent pour lui permettre, grâce à un doctorat en droit, de postuler une charge d'avocat au Parlement de Toulouse puis de juge de St Nicolas. De ses huit enfants dont trois garçons, seul l'aîné, François, à part Antoine, a laissé une trace dans les archives. Il était en effet; en 1680, garde du corps du Roi.

         

La maison natale d'Antoine Laumet à St Nicolas de la Grave, vue de la rue

    On ne sait strictement rien de sa jeunesse. Comme le montre le style de ses lettres ultérieures, il dut recevoir une éducation soignée, chez les doctrinaires de Moissac ou au collège des jésuites de Toulouse. Après la mort de ses parents en 1677, il dit avoir été cadet au régiment de Dampierre-Lorraine puis lieutenant au régiment de Clairambault, mais aucune preuve n'en existe et il est possible qu'il ait emprunté les états de service de son frère aîné. Les raisons de son départ aux Amériques sont inconnues, peut-être pour échapper à des poursuites judiciaires, de toute façon poussé par son esprit aventureux et la perspective d'une fortune rapide dans un pays nouveau et fort à la mode.

 Premières armes

        A peine débarqué à Port Royal, capitale de l'Acadie, en 1783, il change de nom et se fait appeler " Lamothe", nom d'un seigneur de sa région , de Lamothe Bardigue, conseiller au parlement de Toulouse. Il lui emprunte aussi ses armes qu'il avait eu l'occasion de voir au portail de sa propriété proche de St Nicolas. Dès lors, il se livre à toute sorte de trafics, en particulier d'eau de vie, est un moment trappeur dans les possessions anglaises et fait la connaissance du corsaire canadien Denis Guyon dont il épouse la nièce à Québec le 25 juin 1687, sous le nom d'Antoine de Lamothe, sieur de Cadillac. Pourquoi Cadillac? probablement parce que ce nom, emprunté à un hameau voisin de Montech, non loin de St Nicolas, ou plus probablement suggéré par la cité de Cadillac sur Garonne, sonnait bien avec sa terminaison en ac, typiquement méridionale. Il en profite d'ailleurs pour se rajeunir de 4 ans (26 au lieu de 30 ans) et pour s'inventer une parenté flatteuse : son père, Jean de Lamothe, sieur de Cadillac, Launay et Semontel, conseiller au parlement de Toulouse; sa mère, Jeanne de Malenfant. Il signe lui même: Lamothe Launay

    Peu après, il se fait concéder par le gouverneur d'Acadie, le marquis de Denonville, un vaste domaine entre la mer et l'Union river, qu' il baptise de son nom d'emprunt, Lamothe. 

    En 1689, lors d'une reconnaissance des côtes de la Nouvelle Angleterre, son bateau est forcé en haute mer par la tempête et atterrit de l'autre coté de l'Atlantique, à La Rochelle. Bonne occasion pour se faire connaître en haut lieu. Fort de sa grande expérience des Amériques et de l'amitié du nouveau gouverneur Frontenac, il se présente au ministère de la marine à Versailles, ayant usurpé le titre de capitaine d'infanterie (peut-être à son frère). Ses qualités exceptionnelles d'imagination, sa connaissance du milieu acadien séduisent certains commis du pouvoir et le voilà bombardé officier des troupes de marine au Canada.

    De retour à Port Royal, au plus fort de la guerre franco-anglaise, on le nomme à un emploi vacant de lieutenant du Roi. Il participe à la préparation d'une expédition sur les côtes de la Nouvelle York. Ce qui lui vaut d'être rappelé à Paris pour la mise au point de cette attaque surprise. Il remet au nouveau ministre de la Marine, Pontchartrain, les cartes détaillés de Boston et de toute la côte anglaise, préparées par le géographe Jean-Baptiste Franquelin, et lui expose ses vues sur la poursuite de la guerre. Il insiste particulièrement sur la valeur stratégique de la région des grands lacs. On lui promet en retour la première compagnie vacante et on le confirme dans son grade de capitaine.

Antoine de Lamothe-Cadillac, avec sa femme,  recevant la soumission d'un indien

    Peu après, en 1694, il est nommé commandant du poste très important de Michillimackinac, à la jonction des lacs Huron et Michigan, capitale des "pays d'en haut". Il trafique alors avec les indiens en leur échangeant peaux de castors contre alcool, ce qui lui met à dos les jésuites alors tout puissant. Il établit en même temps des cartes de la région. Avec la crise de la pelleterie en Europe, son poste est fermé deux ans plus tard mais il a quand même amassé une jolie fortune qui lui permet d'envoyer en France une lettre de change de près de 28.000 livres. De plus il s'est fortifié dans l'idée de fonder un grand centre de commerce dans cette région des lacs afin d'y établir la domination française, d'empêcher l'expansion anglaise vers l'est et de pouvoir rivaliser avec Manhatan dans les échanges avec les indiens.

La fondation de Détroit

    Cette idée lui devient une obsession. Il parvient à en convaincre le gouverneur Frontenac et , muni de sa pleine confiance, il décide d'aller exposer son projet à la cour. A son arrivée en France, en décembre 1698, il reprend contact avec le ministère de la marine, et envoie à Pontchartrain un mémoire sur la nécessité de créer dans le "détroit" entre les lacs  Huron et Erie un poste fortifié. Ce serait, écrit-il, la "tête de la colonie.., meilleur moyen d'asphyxier le négoce anglais..." Il suggère même "d'apprendre notre langue aux indiens et d'en faire ainsi des français.., de favoriser la mariage des français avec des sauvagesses, ce qui serait le meilleur moyen de consolider notre pouvoir". Ce projet expansionniste obtient l'approbation du Roi et Laumet repart content.

   Mais il lui faut le consentement des notables canadiens et en particulier du  nouveau gouverneur, remplaçant Frontenac décédé, Callières. Celui-ci se montre évasif et tergiverse. Lamothe-Cadillac  repart donc pour la France et revoie le ministre Pontchartrain. Son projet est examiné par le Conseil Privé et Pontchartrain lui transmet : "le Roi a examiné à nouveau votre projet et m'a donné ordre de vous renvoyer incessamment au Canada  pour prendre promptement possession du détroit, voulant que vous y commandiez jusqu'à nouvel ordre."

    On ne peut s'opposer à cette décision royale et, à contre cœur, une expédition est mise sur pied. Le 5 juin 1701, le capitaine Cadillac, accompagné d'un autre capitaine, de Tonti, de deux lieutenants et de son fils aîné Antoine, quitte Montréal à la tête de 20 canots chargés de 50 soldats et 50 canadiens, de tonneaux de vin et d'alcool, de munitions et de matériaux divers. Par la route algonquine et huronne, il remonte la rivière des "ottaouois", traverse le lac Nipissing, atteint le lac Huron par les rivières françaises et Pickerel, le traverse du nord au sud, et rejoint le lac St Clair puis la rivière de Détroit jusqu'à l'île Grande où il arrive le 23 juillet. Ce qui fait environ 1.000 km avec une trentaine de portages. Il décide de s'établir un peu plus au nord, au point le plus étroit de la rivière, et donne à cette région le nom du Roi. On commence à construire une fortification à bastions que l'on nommera Fort Pontchartrain d'étroit (ou de Detroit), en l'honneur du ministre de la marine, protecteur de Cadillac.

                    

    Le développement de la nouvelle implantation n'est pas facile. Si Cadillac commande bien son lopin de terre, il n'en a pas le monopole du commerce. Il lui faudra attendre 1704 pour que Pontchatrain le lui octroie explicitement :"..que vous fassiez commerce à votre profit comme la compagnie (de la colonie) aurait pu le faire ...en vous laissant le maître absolu en cet endroit". Mais outre l'aversion des marchands de Montréal, il se heurte aussi au jésuites qu'il doit pratiquement chasser au profit des Récollets et, bien sûr aux anglais dont il menace les transactions avec les indiens. D'ailleurs, la nouvelle colonie se développe peu. Français comme canadiens sont peu enthousiastes à s'installer chez les sauvages. Enfin, le caractère dictatorial de son gouverneur ne facilite pas les relations entre les différents partenaires. Tant et si bien qu'on s'en émut à la cour qui décida une inspection de la nouvelle ville. Elle fut confiée au commissaire Daigremont qui, à son retour, rédigea un rapport catastrophique pour Lamothe-Cadillac, "un aventurier dont la politique menaçait toute la domination française sur les territoires de l'intérieur."

En Louisiane

    Comme le poste nouveau de gouverneur de la Louisiane se trouvait libre par le décès prématuré de celui qui aurait du l'occuper, le Roi le donna, en novembre 1710, à Cadillac dans le double dessein, d'une part de l'éloigner du Québec où il était si mal vu, mais aussi de le nommer dans une région nouvellement conquise où ses visées expansionnistes pourraient être utiles à la politique de Louis XIV. Son entourage imaginait une "frontière impériale" étendue du golfe du Mexique au St Laurent, consacrant la domination française à l'intérieur du continent. Cette promotion n'emballait pas Cadillac qui décida de faire traîner son départ et d'aller voir à Versailles ce qu'il en était. Il quitte Detroit en juin 1711, abandonnant définitivement et à regret ce pays et s'embarque à Québec en novembre seulement.

     Au ministère de la marine, il fait la connaissance du financier Crozat que l'on s'efforce d'intéresser au développement économique de la Louisiane. Avec lui, il fonde une société qui aura le monopole du commerce avec la nouvelle colonie. Il rejoint alors son poste et débarque à Mobile sur la baie du même nom le 5 juin 1713. Il découvre une contrée déserte, humide, malsaine, à peu près inculte dont les colons très peu nombreux sont éparpillés dans un pays immense, pressés par les anglais d'une part, les espagnols de l'autre. Son premier soin est de fortifier Mobile qui comporte une garnison d'à peine 200 hommes et de rechercher à commercer avec l'embouchure du Mississipi pour ancrer la présence française dans le sud. Crozat, qui cherche avant tout un profit immédiat dans le commerce avec les indiens de la vallée du fleuve, est en désaccord avec lui et veut s'en débarrasser.  Lamothe-Cadillac, avec son fils, organise alors une expédition de plusieurs mois chez les Illinois où il découvre de nombreuse mines d'argent, de fer, de cuivre et d'antimoine.  Peu après son retour, en juillet 1716, il apprend que le Régent, à la suite de plaintes de son ancien associé, l'a révoqué mais qu'il doit assurer l'intérim de son successeur, M. de Lespinay. 

La disgrâce et la fin

    Le 22 mai 1717, pour la dernière fois, il quitte donc l'Amérique avec toute sa famille et débarque à l'île d'Aix le 29 août. Il est impatient de rejoindre la cour. Mais à peine arrivé à Paris, il est embastillé avec son fils aîné, au prétexte que ce dernier, jeune officier, a quitté la Louisiane sans ordre. A sa libération, 5 mois plus tard, il est ruiné et déconsidéré mais il intrigue à nouveau au ministère de la Marine où il a encore de nombreux amis. Il s'attire ainsi la bienveillance du Régent qui lui fait verser son traitement de gouverneur de 1710 à 1718 et lui décerne la croix de St Louis en récompense de ses bons et loyaux services. Il est complètement réhabilité en 1722 par le Conseil d'État qui lui restitue la seigneurie de Détroit. Il la revend aussitôt au canadien Baudry de Lamarche pour acquérir l'office de Gouverneur de Castelsarrasin. Il y meurt le 16 octobre 1730. Il serait enterré dans la chapelle de carmélites de cette ville mais on n'en est pas sûr. Il avait entre temps repris son vrai nom sans renoncer à son pseudonyme et signait Antoine Laumet de Lamothe-Cadillac. Sa femme mourut 16 ans plus tard à Castelsarrasin

Plaque commémorative appliquée devant la maison natale d'Antoine Laumet

Son œuvre

    Incontestablement les vues stratégiques de notre héros était justes. La création d'un grand centre militaire et de commerce sur les lacs, a l'arrière des possessions anglaises prenait ceux ci à revers et devait être un facteur de développement important de l'arrière pays. Il ouvrait la perspective de relier le bassin inférieur du Mississipi au Québec en un vaste territoire français. 

    Tout aussi certainement, Antoine Laumet était un aventurier et un escroc à peu près dépourvu de scrupule. Dès son arrivée dans le nouveau monde, il se fait passer pour un noble qu'il n'est pas et cherche avant tout à gagner de l'argent. Il utilise pour ce faire ses qualités d'imagination et de vaillance associées à un charme certain. Il se faufile donc dans la bonne société tant sur place qu'à Versailles. Mais son entêtement, son caractère tranchant, et probablement aussi sa malhonnêteté, lui mettent les gens à dos. Ce qui le perdra.

   Sa ville de Detroit mit longtemps à se développer. En 1751, 50 ans après sa fondation elle n'était qu'un gros village de 600 habitants. Tout son territoire fut cédé en 1776 aux USA. Peu après  elle connut un essor brutal favorisé par la ruée vers l'ouest. Mais son agrandissement vint surtout de la création de l'industrie automobile à la fin du siècle dernier. Malgré une éclipse transitoire de cette industrie dans les années 80, la ville compte maintenant.4.670.000 habitants et est particulièrement prospère. Elle vient  de fêter son trois centième anniversaire.

Sa descendance

    De sa femme Marie Thérèse de Guyon, Cadillac eut treize enfants entre 1690 et 1710. Au moins cinq moururent en bas age. Plusieurs autres furent perdus de vue. Malgré beaucoup d'incertitudes sur les prénoms ou les situations, quelques uns ont pu être suivis. L'aînée, Judith, née en 1690, était religieuse chez les Ursulines en 1711, Joseph, le deuxième, né aux environs de 1691, devint avocat au Parlement de Toulouse et épousa Marguerite Grégoire en 1732. Il eut 2 filles appelées de Lamothe Cadillac. Antoine, né en 1692, et qui accompagnait Cadillac à Detroit fit carrière dans les armées. Madeleine était religieuse et professe des chanoinesses de St Sernin de Toulouse en 1723. Marie Thérèse, née à Detroit en 1704, épousa à Castelsarrasin en 1729 François Hercule de Pouzargues et mourut sans enfant en 1753. A ce mariage son père, qui n'était plus gouverneur de Castelsarrasin, n'assista pas, probablement pour cause de maladie. Enfin, François, né en 1703 (ou 1709?), épousa en 1744, Angélique de Furgole, veuve de Pierre Salvignac, et n'en eut pas d'enfant.

    Ainsi, il ne semble pas exister actuellement de descendants d'Antoine Lamothe-Cadillac. De toute façon ils ne porteraient pas les noms de Lamothe, ni de Cadillac. Des prétendants se manifestent parfois : Par exemple, Marie Lasserre, en 1904, descendait plus probablement de la sœur aînée d'Antoine Laumet qui avait épousé un Pierre Lasserre. Les Cadillac qui vivent actuellement aux États-Unis n'ont rien à voir avec notre héros mais ont plutôt tirés leur nom de celui de la voiture automobile. Ainsi Edna et Kathle, avec lesquelles nous avons correspondu.

Bibliographie : deux biographies, hélas, très romancées et très affabulées l'une de Annick Hivert-Carthew : Antoine de Lamothe Cadillac (XYZ édit. Québec 1996); l'autre de Robert Pico : Cadillac, l'homme qui fonda Detroit (Denoël édit. Paris 1995). Il est plus sérieux de consulter les documents rassemblés au musée Cadillac à St Nicolas de la Grave, ou présentés à la société d'archéologie du Tarn et Garonne ou publiés par la Detroit Historical Society, en particulier pour la commémoration  du cent soixante quinzième anniversaire de la fondation de Detroit (Wayne State University Press, Detroit 1976)

sur le web : Musée de la Nouvelle France, les Explorateurs  Lamothe-Cadillac

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